Chacun a entendu parler de ce très beau métier qu’exerce l’opticien-ébéniste … mais si ! celui qui fabrique des lunettes de cabinets ! … Mais on connaît moins bien cette autre profession, à laquelle j’ai le plaisir de m’adonner pour nourrir ce blog :
Forgeron-Troubadour

YYY
Modeste écrivaillon,
Mal taillé du crayon,
Je barbouille,
Je gribouille.
Vague scribouillard,
Ma poésie s’embrouille,
S’égare dans le brouillard
Mais je m’en débrouille.
Sur mes délires canaille
L’Académie pinaille.
Je bidouille
Je bredouille
Je griffonne comme un couillon
Des poèmes brouillons.
Gâte-papier,
Moi je jette l’encre
Là où ça mouille.
Trouvère à pied
Oui je suis un cancre
Gredin de la rimouille.
Pisseur de rimes
Chasseur de dream
Maudit motiste mutin
J’écris pute comme putain.
Poète de courte plume,
Façonnier indulgent
Je forge sur l’enclume
Des couplets indigents,
Des poèmes, à la masse.
Les pieds que je ramasse,
Je les broie au rouleau,
Je les bois au goulot.
S’ils veulent me satisfaire,
Faut que les mots rougissent
Dans les flammes des Enfers,
Qu’ils gémissent, rugissent,
Qu’ils soupirent d’aise,
Qu’ils mouillent leurs consonnes,
Qu’ils se bisent et qu’ils baisent,
Que le stupre les façonne.
Connectés à mes envies
Qu’ils se fassent mettre.
Qu’ils jouissent à l’envi
Du plaisir de se soumettre.
Si ça brille, si ça scintille,
Si ça brûle et se tortille,
C’est fait, je suis satisfait.
Si ça godille, si ça sautille,
Si ça flambe comme une brindille,
C’est que c’est imparfait.
Je refais, je refais, je refais ...
Je donne de l’effet.
Je sculpte, je déforme, je tords,
J’éclate les mots retors,
Je remets sur l’enclume
Pour donner du volume.
Faut qu’ça froufroute à l’ouie !
Faut qu’ça chante ! … alors oui !
Mes vers boitillent et branlent ?
C’est vrai … mais je m’en branle !
Vocabulaire handicapé
Vautré sur le canapé
De mon indécente écriture,
Je suis un souillon de culture.
A l’académique alexandrin
Je préfère une strophe infirme.
Troubadour malandrin,
Je suis un voyou je confirme …
Je cisèle, je pierreperrise.
Je choppe deux mots en crise
Je les gifle, les défrise.
Je les plugge, les électrise,
Je les trifouille, je les touille.
Je leur refile la chtouille.
D’abord ça les chatouille,
Et puis ça les gratouille.
Je les torche,
Je les écorche.
Je les serre et je bloque.
Je les épluche, les déloque.
Je les torture, les pulvérise,
Les saigne, les atomise,
Soulève leur chemise,
Les viole, les sodomise.
Les mots aiment la douleur.
Je les fesse avec perversité,
Leur donne de la couleur,
Et fouette leur diversité.
Parfois sans me vanter
J’essaie d’en inventer.
Faussaire, escroc, sorcier ?
Je n’en ai rien à scier !
Hérétique pour l’Académie
Sur le dico je m’assieds.
Je comble ses lacunes,
Je provoque l’épidémie.
Je crée le mot qui sied,
A chacun sa chacune.
Mes mots sont libertins,
Echangistes, épicuriens
Etriqués diront certains,
Qui n’entendent plus rien.
Ils ont au moins l’avantage
D’amuser leur auteur ...
Ce qui à mon grand âge,
Redonne de la hauteur.
Tant pis pour toi, lecteur,
Si mes vers te perturbent.
Tant mieux pour toi, lecteur,
Si mes vers te masturbent.
Je préfère voir jouissance
Que gémir d’impuissance.
Quand la gueuse se rend,
Qu’elle a rejoint le rang,
Qu’elle luit de mouille enfin,
Mon travail prend fin.
Je vous l’avais promise ...
Je vous sers, la table est mise.
YYY
Texte original by Walker