
YYY
Assis sur le quai où je viens d’aborder
Je regarde la mer … et je pense à ses filles.
Toutes celles que j’ai calinées et bordées,
Bercées par le va-et-vient de ma quille ;
Toutes celles pour qui j’ai débordé
Brisant mon écume en leur coquille.
Au long cours de mes traversées,
Sur les ondes du plaisir déversé,
Porté par des flots de tendresse, bercé,
Par le roulis de leurs ventres percés,
J’ai vogué vers des vagues à l’âme
Surfant sur la crête des lames,
Marin nourri de chaque marée,
Encordé à leur désir, amarré,
J’ai parfois pleuré, je me suis souvent marré.
Les souvenirs flottent à la surface ...
Certains ne sont pas des victoires.
Corps à corps peu glorieux, faces à face
D’autres ont de belles histoires …
Des rencontres sur l’ile aux pirates
Avec des mutines scélérates,
Corps serrés, corsaires en corset
Corps sautés dans des coursives
Femmes-crevettes éventrées et lascives
Et d’autres farouches qu’il a fallu forcer.
Belle Poule, corvette royale
Abordée à la loyale ...
Sa main dans mon calcif
La mienne dans sa cambuse
J’ai touché son récif
Et elle m’a dit « t’abuses ! »
… Juste avant de mouiller
Dans l’anse des plaisirs
Amarrée à ma bite rouillée
Engourdie de désir …
J’ai beaucoup bourlingué.
Partout j’ai navigué,
Je suis un peu déglingué,
Là, je suis las, fatigué.
J’ai croupi sur des croupes crapuleuses,
J’ai craqué pour des craquettes cradasses,
J’ai juté sur des combines frauduleuses,
Foutu sur des putains, des radasses.
J’ai parfois fait naufrage
Dans des cons très humides
Et fait subir l’outrage
A des filles trop timides
Aujourd’hui, y’en a marre
Je largue les amarres
J’abandonne, je laisse aller …
Dommage pour les morues humaines,
Et leur chair si tendre à dessaler ;
Moules que la marée dépose
Et reprend quand elles sont mûres ;
J'accoste, je fais une pause,
Terre en vue, tribord amure.
J'affale les voiles, je plie les gaules
Je range mon mât de misère
Je bande encore, j'ai la gaule
Je navigue au sexe-tend laser
Dans vos roulis de frégate
J'ai trempé dans des soupes
J'ai gagné bien des régates
Dans le tangage de vos poupes
Dans des abîmes profonds
Au creux de reins chaloupés
J'ai parfois touché le fond
Mais jamais rien loupé.
J'ai embarqué des clandestines
Et des passagères pas sages
Qu'un océan d'amour destine
Aux marins de passage.
Je rentre au port, l’aventure s’arrête
De tous ces souvenirs, je sucerai les arêtes
La croisière est finie, pied à terre
Et ne me dîtes pas que j’ai tort … taratatère !
YYY
Texte original by Walker