Si le rouge symbolise le désir ... Quelle est donc la couleur du plaisir ?

samedi 8 août 2009

Forgeron-Troubadour

Chacun a entendu parler de ce très beau métier qu’exerce l’opticien-ébéniste … mais si ! celui qui fabrique des lunettes de cabinets ! … Mais on connaît moins bien cette autre profession, à laquelle j’ai le plaisir de m’adonner pour nourrir ce blog :

Forgeron-Troubadour




YYY

Modeste écrivaillon,

Mal taillé du crayon,

Je barbouille,

Je gribouille.

Vague scribouillard,

Ma poésie s’embrouille,

S’égare dans le brouillard

Mais je m’en débrouille.

Sur mes délires canaille

L’Académie pinaille.

Je bidouille

Je bredouille

Je griffonne comme un couillon

Des poèmes brouillons.

Gâte-papier,

Moi je jette l’encre

Là où ça mouille.

Trouvère à pied

Oui je suis un cancre

Gredin de la rimouille.

Pisseur de rimes

Chasseur de dream

Maudit motiste mutin

J’écris pute comme putain.

Poète de courte plume,

Façonnier indulgent

Je forge sur l’enclume

Des couplets indigents,

Des poèmes, à la masse.

Les pieds que je ramasse,

Je les broie au rouleau,

Je les bois au goulot.

S’ils veulent me satisfaire,

Faut que les mots rougissent

Dans les flammes des Enfers,

Qu’ils gémissent, rugissent,

Qu’ils soupirent d’aise,

Qu’ils mouillent leurs consonnes,

Qu’ils se bisent et qu’ils baisent,

Que le stupre les façonne.

Connectés à mes envies

Qu’ils se fassent mettre.

Qu’ils jouissent à l’envi

Du plaisir de se soumettre.

Si ça brille, si ça scintille,

Si ça brûle et se tortille,

C’est fait, je suis satisfait.

Si ça godille, si ça sautille,

Si ça flambe comme une brindille,

C’est que c’est imparfait.

Je refais, je refais, je refais ...

Je donne de l’effet.

Je sculpte, je déforme, je tords,

J’éclate les mots retors,

Je remets sur l’enclume

Pour donner du volume.

Faut qu’ça froufroute à l’ouie !

Faut qu’ça chante ! … alors oui !

Mes vers boitillent et branlent ?

C’est vrai … mais je m’en branle !

Vocabulaire handicapé

Vautré sur le canapé

De mon indécente écriture,

Je suis un souillon de culture.

A l’académique alexandrin

Je préfère une strophe infirme.

Troubadour malandrin,

Je suis un voyou je confirme …

Je cisèle, je pierreperrise.

Je choppe deux mots en crise

Je les gifle, les défrise.

Je les plugge, les électrise,

Je les trifouille, je les touille.

Je leur refile la chtouille.

D’abord ça les chatouille,

Et puis ça les gratouille.

Je les torche,

Je les écorche.

Je les serre et je bloque.

Je les épluche, les déloque.

Je les torture, les pulvérise,

Les saigne, les atomise,

Soulève leur chemise,

Les viole, les sodomise.

Les mots aiment la douleur.

Je les fesse avec perversité,

Leur donne de la couleur,

Et fouette leur diversité.

Parfois sans me vanter

J’essaie d’en inventer.

Faussaire, escroc, sorcier ?

Je n’en ai rien à scier !

Hérétique pour l’Académie

Sur le dico je m’assieds.

Je comble ses lacunes,

Je provoque l’épidémie.

Je crée le mot qui sied,

A chacun sa chacune.

Mes mots sont libertins,

Echangistes, épicuriens

Etriqués diront certains,

Qui n’entendent plus rien.

Ils ont au moins l’avantage

D’amuser leur auteur ...

Ce qui à mon grand âge,

Redonne de la hauteur.

Tant pis pour toi, lecteur,

Si mes vers te perturbent.

Tant mieux pour toi, lecteur,

Si mes vers te masturbent.

Je préfère voir jouissance

Que gémir d’impuissance.

Quand la gueuse se rend,

Qu’elle a rejoint le rang,

Qu’elle luit de mouille enfin,

Mon travail prend fin.

Je vous l’avais promise ...

Je vous sers, la table est mise.

YYY

Texte original by Walker


5 commentaires:

ashtarte a dit…

Je me reconnais dans ta description, je suis moi-même une "ecrivaillonne" qui laisse glisser son stylo ... j'ai en tête qui pourrait resumer ... c'est une scéne des Liaisons dangeureuses" où Valmont est allongé avec une donzelle en lui faisant écrire une lettre sur son corps... hummm... mais je divague.

Anonyme a dit…

Mieux vaut tard que jamais, cher Walker, je tiens a te dire mon admiration pour ce texte d'une verve irresistible, un de tes chefs d'oeuvre. Continue a forger et bredouiller!

Lady M

Rafael a dit…

Chère Lady M merci pour vos encouragements. Chef-d'oeuvre, comme vous y allez ! Mais je continue ... Et je suis certain que vous aurez vous-même un succès fou, lorsque vous serez lue sur LIBidos en LIBerté !

walker

Rafael a dit…

Chère Ashtarte, je lis régulièrement ton blog, et j'apprécie tes textes. Ecrivaillonne, si vous le dîtes, je vous accorde que vous l'êtes, mais comme en tout domaine, il existe toute une gamme d'écrivaillonnes et je considère que vous faites partie du haut de gamme. Quant à écrire sur un corps, voilà une idée qui me plait ! Qui veut bien me servir d'écritoire ?
Bises

Dragonne a dit…

Oh je pense que vous trouverez une damoiselle qui voudra bien vous servir de support...
La dragonne alias Ashtarte